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      Ciabrini Carlo chants sacres
Carlo Ciabrini

Carlo Ciabrini

Concert du 20-12-2009

L'Archipel , salle de concert et cinéma, dans le 10e arrondissement, ne se contente pas de programmer des concerts intimes de musique de chambre aussi bien que de chanson française, mais pousse l'implication jusqu'à posséder son propre label, Saphir. Ce soir, le concert a lieu, de façon quelque peu improvisée, dans une ambiance chaleureuse, quasi-familiale et amicale, pour saluer le rachat des droits et la réédition du disque d'airs sacrés enregistré par l e ténor Carlo Ciabrini et le baryton Thierry Delaroche .
Mélodies religieuses et airs profanes composent le programme.  Carlo Ciabrini. Né en Corse, le ténor fut l'élève de l'immense soprano française Renée Doria – présente, d'ailleurs, dans la salle, toute en élégance et en noblesse – et de Carlo Bergonzi, tout en recueillant aussi les conseils du légendaire ténor italien, Giacomo Lauri-Volpi. Le chanteur incarne un pont jeté entre les écoles de chant française et italienne, semblant avoir pris le meilleur des deux, l'élégance et la diction françaises, et l'incisivité mêlée de  mordant ainsi que la projection insolente italiennes. Sa voix rappelle irrésistiblement José Luccioni et César Vezzani, deux des plus grands ténors français du 20e siècle, et qui plus est originaires, comme lui, de l'île de Beauté.
Passionné également par l'histoire de l'art vocal, il a repris, après la disparition de Guy Dumazert – producteur, connaisseur averti du beau chant et mari de Renée Doria –, les rênes et les destinées de la maison de disques Malibran Music .
Extériorisant avec flamme un instinct musical évident, c'est surtout par sa technique vocale qu'il éblouit, d'un accomplissement rare : le legato est beau, à l'archet, soutenu, le médium sent la solidité de son assise, et les notes aiguës sonnent puissantes et assurées, émises sans effort, pleines d'une évidente richesse harmonique.
Tout dans sa voix rappelle un art du chant et une esthétique qui ne sont plus – à de rares exceptions près – enseignées aujourd'hui. L'air de la Fleur et l'Aubade du Roi d'Ys lui permettent de faire étalage de son art des nuances et de faire admirer ses piani, ronds et pleins tout en étant admirablement flottants. Quelle maestrià! Saluons également l'originalité de certaines pièces, peu jouées, comme le Crucifix de Jean-Baptiste Faure, illustre baryton de l'Opéra de Paris au 19e siècle, créateur du rôle de Méphistophélès dans la version grand-opéra du Faust de Gounod et du rôle-titre de l'Hamlet d'Ambroise Thomas. Ou encore l'Ave Maria écrit par Alain Vanzo, aussi délicat et raffiné que l'art dont usait son auteur lorsqu'il chantait.
Au piano, Emmanuel Bellanger, jouant par ailleurs au cours de la soirée quelques beaux préludes de sa composition, fut un soutien efficace.
En guise de bis, belle surprise : Carlo Ciabrini fait monter sur scène la pianiste Simone Blanc, ancienne "cheffe" de chant de l'Opéra de Paris, partenaire des légendes: Montserrat Caballé, Luciano Pavarotti, Samuel Ramey, tous les chanteurs, monstres plus ou moins sacrés, invités du palais Garnier. La musicienne semble caresser l'instrument et laisser ses doigts simplement glisser sur lui, emmenant avec elle le ténor dans une “Donna è mobile” jubilatoire, conclue par un aigu triomphant. Feu d'artifice mettant fin à un beau concert, durant lequel un ténor corse trop méconnu a, par sa voix, tendu la main aux grands interprètes du passé.

Nicolas Grinenberger


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