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VOUS ETES ICI :LES DOSSIERS MALIBRAN | Monna Vanna Henry Fevrier

      Monna Vanna Henry Fevrier
Dans sa tente, Prinzivalle songe et frémit d'incertitude.
Trahir Florence est cependant le dernier de ses soucis. Au surplus, l'espionnage du commissaire Trivulzio, ses reproches, ses rapports perfides, suffiraient à l'engager à la vengeance. Pour plus de sûreté, après une scène vive, et sans lui cacher qu'il va sauver Pise, il le fait mettre en lieu sûr. Sur quoi Vanna arrive, le convoi s'ébranle sous ses yeux, et Prinzivalle reste seul avec la victime qui vient s'offrir à lui… Mais Marco l'avait bien deviné. Prinzivalle n'est pas un barbare, et c'est d'un étrange respect, d'une singulière timidité de passion qu'il enveloppe Vanna. Surprise d'abord, celle-ci ne demeure pas insensible à cette réserve inattendue. Peu à peu, elle s'intéresse à ce beau vainqueur, qui se borne à lui dire qu'il l'a toujours aimée, qu'il l'a vue dès l'enfance et ne cherchait depuis qu'à se rapprocher d'elle - qui très délicatement, évoque les souvenirs de ce printemps embaumé où leurs regards se sont jadis croisés…dans ce jardin de lauriers et de roses, quand le sable était chaud et couvert de soleil ; - et, en vérité, c'est parce qu'il l'aime, et d'un amour supérieur au désir, qu'il ne la touche même pas, qu'il la laisse maîtresse de sa destinée, qu'il va enfin la suivre jusqu'à Pise, pour échapper à la vengeance florentine.
Au palais de Pise, tandis que la ville exulte et se reprend, Guido attend fiévreusement le retour de Vanna et renie son père qui a déposé tout l'abominable marché et le regrette à peine. Cependant, voici Vanna qui s'approche, précédée des acclamations de la foule, et Marco, vainement chassé par Guido exaspéré, jette la volée, sous les picds de l'héroïne, les roses et les lis…Mais quel est donc cet homme voilé dont elle apparaît accompagnée ?… " C'est Prinzivalle, s'écrie Vanna, rayonnante de fierté et de pudeur : mais il ne m'a pas touchée, il m'a respectée, il m'a sauvée, et je reviens telle que j'étais en quittant ce palais. - Qui peut croire à pareille invraisemblance ? répond Guido. Et d'ailleurs, si telle est la vérité, d'où vient que Prinzivalle t'a respectée, d'où vient qu'il t'a sauvée ? - C'est parce qu'il m'aime. - Ah ! voilà l'explication ! Elle le condamne : qu'on le saisisse ! - Non ! non ! il est venu ici sur ma foi ! - Il était perdu, et c'est toi qui le sauves. Pourquoi le sauves-tu ? C'est que tu l'aimes toi-même !… - Et bien, non ! (reprend alors Vanna, qui soudain voit l'abîme qu'elle vient de creuser sous les pas de Prinzivalle). Non ! j'ai menti. Il m'a prise, il m'a prise de force ; et moi je l'ai trompé, en le sauvant ; je l'ai amené ici pour le tenir enchaîné ! Oui ! qu'on le saisisse, qu'on l'enferme au plus ténébreux cachot ! J'en veux garder moi-même la clef ! … - A la bonne heure ! Je te retrouve…Tout ceci n'était qu'un mauvais rêve, s'écrie Guido. - Le beau va commencer " murmure Vanna, comme éperdue.
Tel est, en raccourci, trop en raccourci, le drame de M. Maerlinck. On lui a demandé, pour éclaircir cette conclusion (dont l'ambiguïté même n'était pourtant pas sans tact), deux courts tableaux encore, où nous voyons Prinzivalle dans son cachot, Vanna accourant le délivrer, avec une autre clef à la main, puis tous deux commençant leur beau rêve en fuyant dans la campagne ensoleillée. Je m'étonne qu'il ait accepté de les écrire et je ne vois pas bien la nécessité de cette addition postiche, d'autant plus qu'elle se trouve accentuer l'un des défauts de l'œuvre, j'entends de l'œuvre musicale. L'évolution d'âme de Vanna, jamais rien ne nous l'a fait comprendre : ni au début, quand tout en aimant passionnément son mari (nous dit-on), elle s'offre en holocauste à Prinzivalle, ni à la fin, quand le peu de confiance de Guido la détache de lui et qu'elle se jette tout à coup, à cœur perdu, dans ce nouveau rêve de l'amour dévoué de Prinzivalle. On pourrait faire d'autres critiques au drame. Si le caractère de Guido est d'une ampleur et d'une tenue remarquables, il n'en devient que plus vraisemblable par la facilité avec laquelle il accepte, au dénouement, le revirement enfantin de Vanna. Prinzivalle, dans toute cette fin, manque de consistance et de relief ; il disparaît. Quant au vieux Marco, qui seul a compris sa belle-fille jusqu'au bout, et qui même lui vient en aide pour conquérir son nouveau rêve d'amour libre, on a parfois quelque peine à le prendre au sérieux.
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N'importe, l'œuvre a une noble allure, avec la poésie et la force de son langage, avec la sobriété de ses grandes lignes et son étude subtile de caractères, avec son souci constant de la beauté.
M. Henry Février, qui, plus que tout autre, en était convaincu, semble en avoir été un peu écrasé. Je veux dire qu'il n'a pas osé encore se créer une personnalité. C'en est une pourtant, jusqu'à un certain point, que le souci qu'il a eu presque constamment de s'effacer devant le texte même de l'auteur, devant la belle sonorité des mots, le rythme des phrases, l'harmonie des images. L'effet obtenu ainsi est celui d'une déclamation lyrique, à peine soutenue par un orchestre dont la sobriété ne va pas toujours sans donner l'impression du vide, mais qui rend assez heureusement la couleur générale de la situation et sait en souligner les péripéties par certains traits d'instruments, certaines sonorités pénétrantes, toujours très intéressantes à suivre. Cette déclamation a d'ailleurs le grand mérite d'une souplesse très adroite, d'une justesse d'expression parfaitement appropriée aux caractères et aux idées, enfin d'une émotion souvent intense. Elle ne contribue pas peu, à elle seule, à donner au personnage de Guido une importance extraordinaire, et celui-ci, dont les sentiments extrêmes, les passions brûlantes, la rage de l'amour, s'expriment sans phrases, par des mots rapides, des répliques haletantes, concentre vraiment, en lui, toute la pièce. Les épisodes du premier acte surtout, le désespoir de Guido, l'impressionnante angoisse avec laquelle il interroge Vanna, la déchirante mélancolie de son renoncement, sont traités on ne peut mieux, et sa colère plus troublée, plus éperdue, au troisième acte, offre encore un grand caractère. M. Février a eu, évidemment, une prédilection, que je comprends, pour cette vigoureuse figure. Celle-ci bénéficie d'une interprétation hors de pair, avec M. Marcoux, un nouveau venu ici (j'ai cependant signalé sa remarquable silhouette dans le Méphisto de Faust), dont la voix de basse manque un peu de puissance et de timbre, mais non de souplesse, car il obtient d'elle des trouvailles d'expression, et dont le jeu large et incisif, l'attitude, servie par une haute taille et un manque de médaille, le geste éloquent, et plein d'autorité, sont d'une vérité tout à fait saisissante.
Mes préférences pour ce côté de l'œuvre, le plus neuf, ne m'empêchent d'ailleurs pas d'apprécier la grâce et la poésie de certains pages de l'acte de la tente de Prinzivalle, à l'endroit, notamment, où celui-ci évoque ses souvenirs d'enfant, et lorsque Vanna se rend compte que le désir du jeune condottière est vraiment de l'amour ; ni de louer la largeur sonore du finale, au moment où les cloches se mêlent aux chœurs, dans la ville lointaine soudainement illuminée, et que Prinzivalle et Vanne semblent exalter la joie de leurs âmes nouvelles au spectacle de cette émotion populaire : " On dirait que la vie, qui se sentait perdue, revient en tout hâte et nous rappelle aussi…Hâtons-nous, il est temps ; il nous faut arriver avant que la joie soit éteinte !… "
Madame Lucienne Bréval met ici en belle valeur, plus encore qu'aux autre actes, l'émotion de son phrasé et la noblesse de ses attitudes (ce personnage de Vanna a été interprété après elle par Mademoiselle Hatto, de la façon la plus attachante et la plus gracieuse). M. Muratore fait vibrer à souhait la passion qui l'exalte, et il l'exprime avec art. Enfin, M. DELMAS donne au vieux Marco, avec son autorité coutumière et sa largeur de diction, toute la noblesse et la sérénité que comporte le personnage (M. Gresse aussi chante le rôle avec un grand relief). Mm. Cerdan, Nansen, Triadou, Gonguet, font bonne figure dans les rôles secondaires. Le premier et le troisième acte sont dotés de décors qui ont beaucoup de poésie dans leur architecture Renaissance, à colonnades et à loggias. Félicitons-en MM. Rochette et Landrin. C'est M. Paul Vidal qui conduit l'orchestre avec sa souplesse coutumière.
HENRI DE CURZON.
MONA1 THEATRE NATIONAL DE L'OPERA
MONNA VANNA
DRAME LYRIQUE EN QUATRE ACTES ET CINQ TABLEAUX, DE M. MAURICE MAETERLINCK
MUSIQUE DE M. HENRY FEVRIER

MONNA-VANNA MR 712

THEATRE NATIONAL DE L'OPERA
MONNA VANNA
DRAME LYRIQUE EN QUATRE ACTES ET CINQ TABLEAUX, DE M. MAURICE MAETERLINCK
MUSIQUE DE M. HENRY FEVRIER

 

M. Henry FEVRIER nous a déjà montré, à l'Opéra-Comique, par le Roi aveugle, dont nous louïons naguère la poésie pittoresque et la belle tenue, qu'il est surtout séduit par les sujets de caractère, symboliques au besoin, et qui font penser. Le voici maintenant à l'Opéra, et s'attaquant à ce drame saisissant de passion et de rêve qu'est Monna Vanna. C'est une très noble entreprise que celle qu'il a poursuivie, pour ses débuts ou peu s'en faut, et qui, en somme, mérite toutes les sympathies. Il est trop naturel qu'il n'ait pas réussi à faire une grande œuvre dès ses premiers pas dans la carrière, et sous le poids d'un poème aussi psychologique, pour qu'on lui en tienne sérieusement rigueur ; et, dans cette poursuite enthousiaste d'un but élevé, nous devons retenir avant tout l'ardeur et la jeunesse de l'effort, que les directeurs de notre première scène ont parfaitement bien fait d'accueillir.
Le drame de M. Maurice Maeterlinck était-il d'ailleurs de ceux, comme Pelléas et Mélisande, comme Ariane et Barbe-Bleue, qui pussent naturellement s'adapter à une transposition musicale ? M. Février l'a cru, car il s'en était profondément épris, quand il a obtenu du grand dramaturge belge, l'autorisation d'entreprendre cette adaptation ; et, qui plus est, ce dernier l'a cru aussi, puisqu'il a prêté lui-même son secours. La question ne semble toutefois pas tranchée, et la première preuve en est que les deux poèmes dramatiques que j'ai nommés tout à l'heure ont été revêtus de musique dans leur intégralité, sans perdre rien de leur pénétrante et prestigieuse poésie, au lieu que Monna Vanna, précisément parce que le drame était bien plus développé, conforme aux usages tragiques, théâtral enfin, et qu'il a fallu le réduire à l'obscurcir encore, voit incontestablement s'évanouir une partie de son éloquence beauté. Le théâtre musical exige des péripéties d'une clarté particulière et s'accommode mal des nuances de sentiment, surtout quand déjà il s'agit de tout un travail intérieur de l'âme, à peine souligné par les évènements.
C'est en mai 1902, par les soins de l'œuvre, sous la direction de M. Lugné-Poe, et avec l'interprétation, pour le rôle principal, de Madame Georgette Leblanc, que le drame de M. Maeterlinck nous a été révélé. Il a laissé sous cette forme, des souvenirs inoubliables de simplicité grandiose et d'intense poésie.
Nous sommes à la fin du XVe , en pleine Renaissance italienne. Pise, assiégée par les troupes florentines, est aux abois et meurt de faim. Vainement elle attendait des renforts, tout secours a été intercepté par le condottière Prinzivalle, que Florence a engagé pour commander l'armée. Pise vient d'envoyer en ambassade, auprès de ce guerrier que l'on dit redoutable, le vieux Marco Colonna, en doux rêveur, père de Guido, le chef de la ville, et ce dernier attend anxieusement son retour… . Le voici, la paix et la sérénité sur son beau visage d'aïeul. Comment a-t-il été reçu par ce soudard ? N'a-t-il pas été torturé ?… Aucunement ; Marco a trouvé Prinzivalle un lettré et un artiste, entouré de lettrés et d'artistes ; il a causé philosophie avec le célèbre Marsile Ficin, sous des ombrages poétiques ; il a même assisté à de précieuses fouilles dans les terrains fertiles en sculptures antiques… " Mais Pise meurt de faim ! interrompt Guido. - Précisément, reprend son père, Prinzivalle y a pensé ; un convoi de ravitaillement est tout prêt et partira ce soir même, à une seule condition…, difficile de dire : c'est que vienne à lui, seule, et noue sous son manteau, pour passer, dans sa tente, cette unique nuit… - Mais qui ?… qui donc ?… - Monna Vanna - Ma femme ?… . " En vain, Guido atterré, se débat, impuissant à comprendre la facilité avec laquelle son propre père a accueilli le principe de la chose, la gravité sereine avec laquelle Vanna, déjà, a accepté le sacrifice qui doit sauver Pise. Il la conjure, il l'insulte, il la repousse… Elle part, bénie par Marco et acclamée par le peuple.

Lucienne_Breval











Lucienne Bréval

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