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      Renée Doria
Renee Doria

CD renée Doria

RENEE DORIA

Cinquante ans d'enregistrements phonographiques

 

J'ai entendu pour la première fois la voix de Renée DORIA à la radio en 1948, alors que j'étais très loin de la France. Cette voix pure et cristalline m'a immédiatement plu, et dès que je fus de retour à Paris, je n'eus de cesse d'assister à une représentation de La Traviata avec cette belle jeune femme, brillante cantatrice et excellente tragédienne dans le rôle de Violetta. Grâce à des amis communs, je fis la connaissance de son mari et d'elle-même et depuis lors nous sommes devenus de vrais amis. Pendant plusieurs décennies, chaque fois que je le pouvais, je courrais à ses concerts et à ses spectacles, à Paris, mais aussi en province, à Liège, à Londres, à Strasbourg, à Genève, à Bordeaux…

A cette époque, toutes les villes de France et des pays limitrophes avaient gardé leurs saisons, leur orchestre, leurs chœurs. Elle était demandée partout ; sa Manon, sa Violetta, ses trois personnages des Contes d'Hoffmann faisaient toujours salle comble. Elle était heureuse, ivre de liberté, toujours avide de nouveaux rôles. En tout, elle aura chanté durant sa carrière 76 rôles au théâtre et 125 à la radio.

Alors qu'un jour je lui demandais pourquoi elle ne chantait pas plus souvent à l'étranger, elle me répondit : “ Que ferais-je sur d'autres continents ? Être la spécialiste de 4 ou 5 personnages ? Alors qu'ici la liste est presque illimitée. Delmas père, Fugère, et tant d'autres, ne sont-ils pas fixés à Paris ? D'ailleurs je pense qu'à de rares exceptions près (Endrèze, Bidù Sayào), qui sont venus travailler longtemps en France, on ne peut réellement bien chanter que dans sa langue maternelle. Les plus grands : Stignani, Pagliughi, Rosvaenge, Merli, Lemeshev, ne chantèrent que dans leur langue, et de ce fait ils excellèrent toujours. Ils évitèrent maladresses et contresens. Latine, je pratique l'italien et l'espagnol. On m'a proposé plusieurs fois de chanter et de parler des rôles en russe et en allemand, j'ai refusé. Mes efforts, je les ai portés ailleurs. Une semaine, j'ai pu chanter, grâce aux hasards du calendrier, deux Manon   à Genève, deux Contes d'Hoffmann à Strasbourg et deux Lucie de Lammermoor à Rouen. D'autres fois, j'ai pu chanter, et sans fatigue, (pour pallier la défaillance d'une artiste un dimanche en matinée) trois Mireille en un week-end, et, de la même manière, trois Manon. (six tableaux – cinq costumes différents !). Certaine semaine, j'ai joué Salle Favart Rosine le vendredi, chez Garnier Violetta le samedi et le lendemain, en matinée, Thaïs à Strasbourg. Ce rythme est exaltant, il entretient et lubrifie la voix, quand elle est bien placée. La technique, c'est l'abolition du hasard ! ”

En effet, son endurance était peu commune, de même que l'était la variété de ses rôles -dans des tessitures parfois opposées- comme le fut aussi la durée de sa carrière, pour un soprano de ce type. Un exploit sportif du plus haut niveau.

Son idole et maître à penser était Ninon Vallin. Professeur contestable, disait-elle, comme Yvonne Gall et d'autres artistes très importants ; mais pour le reste, une merveille, un poète. Elle admirait Lotte Lehmann ; Barrientos, Tetrazzini, Calvé, Boninsegna. Elles avaient toutes la même méthode vocale. Un grave très solide – pilier de la tessiture -, ce que les sots appellent péjorativement “ voix de poitrine ”. Et, pour le suraigu, la voix mixte, un falsetto renforcé. Chez les hommes, c'est exactement le même processus. “ Ecoutez Journet chez les basses, Cambon chez les barytons, Vezzani chez les ténors – pour ne parler que de Français, et des meilleurs. ” Grâce à cette technique, quasiment infaillible, elle a presque tout chanté, presque tout joué. Virtuose infatigable, du la grave du contralto jusqu'au contre-sol. Elle “ faisait  ” généralement sa voix avec les airs du premier acte de   Lucia . Son exercice quotidien: exécuter le finale de l'air du Miroir de Thaïs , en terminant successivement sur le si bémol, puis sur le contre-ré et, pour finir, sur le contre-fa. Un bon matin, vers 1981 (elle n'était pas malade, ni même enrhumée) le contre-fa n'est pas sorti. Ne pouvant se résoudre à réduire son répertoire à Suzanne, Marguerite et Mimi, elle se contenta, désormais, de donner quelques concerts et d'enregistrer des disques – principalement de mélodies.

Les disques, fort heureusement, nous en avons beaucoup, gravés sur divers supports. Dès 1942, à Marseille, à Radio-Provence, sur des cellulosiques “ Pyral ”, dangereusement friables. L'année suivante, une perle, un document inespéré : le premier air de Constance, accompagné par Reynaldo Hahn, qui, trois ans plus tard, devait la faire engager à l'Opéra de Paris, où elle débutera dans La Reine de la Nuit. Par parenthèse, elle interprétera par la suite onze rôles dans sept opéras de Mozart.

A partir de 1944 elle a contribué à beaucoup d'émissions lyriques de la Radio Nationale et des radios étrangères. En 1948, alors qu'elle avait déjà mis à son répertoire les quatre personnages féminins des “ Contes d'Hoffmann ”, elle fut la poupée Olympia dans la première version enregistrée -à mon sens insurpassée– de ces Contes. De 1949 à 1952, E.M.I.-Pathé-Marconi lui proposa de nombreux enregistrements, toujours en 78 tours. Malheureusement ses contrats l'empêchèrent souvent d'accepter. En 1953, à la Schola Cantorum , ce fut pour la firme Caecilia, un vaste programme de mélodies françaises : Gounod, Massenet, Debussy, Ravel, puis, sous divers labels et en versions anthologiques, “ Le Barbier de Séville ”, “ Les Pêcheurs de Perles ”, “  La Bohème  ”, “ Madame Butterfly ”, “ Les Noces de Jeannette ”, “ Les Huguenots ”, “ Lakmé ”. En 1955 elle signa un contrat avec Philips France, inaugurant le catalogue lyrique de cette firme, avec la “ Veuve Joyeuse ”, “  La Vie Parisienne  ” (Grand Prix du Disque), “ le Pays du Sourire ”, une sélection de “ Manon ” avec Alain Vanzo et Adrien Legros (1956). A partir de 1959, chez Véga-Decca, vinrent les intégrales en stéréo, de “ Mireille ”, “ Thaïs ”et “ Rigoletto ”, et des extraits du “ Pré aux clercs ”. N'oublions pas un précieux morceau La prière de Milagros , extraite d'un opéra de Maurice Perez : “ Rocio ”, qu'elle avait créé, à Mulhouse, avec Ninon Vallin. Entre 1965 et 1975, des extraits de “  La Veuve Joyeuse  ”, du “  Pays du Sourire “ , de “  La Chauve-Souris  ”, du “ Baron Tzigane ” etc.… Puis ce fut, en 1978, en première mondiale, l'intégrale de la “ Sapho ” de Massenet.

En 1980, pour Music-Memoria un programme d'opéra-comique français. En 1993, enfin, une dernière gerbe de mélodies. dont nous avons retenu “ Nuit d'étoiles ” du jeune Debussy, dont l'historiographe et ami, Léon Vallas, voyait en elle l'interprète idéale. On pourra découvrir au passage une curiosité : “ l'Hymne à Apollon ” (4 ème siècle avant Jésus-Christ), restauré par l'helléniste Salomon Reinach, et harmonisé par Fauré. Emile Vuillermoz avait tenu à ce que cette musique si complexe nous fût restituée par sa voix.

En conclusion, les jeunes chanteurs feraient bien, sans servile imitation, mais comme point de repère, de méditer les enseignements de ce CD. Ils se trouveront réellement en présence d'un parcours phonographique d'exception – cinquante années bien réelles – témoignage et reflet éloquents d'une carrière hors norme -quelque 2500 représentations ou concerts- de celle en qui la veuve de l'illustre ténor Albert Saléza, se souvenant de sa jeunesse au “ Met ”, voyait une nouvelle Marcella Sembrich.

Jean Ziegler

 

 

 

 

Notes du producteur

 

Notre propos : laisser, à Jean Ziegler, celui qui connaît sans doute le mieux les archives personnelles de Renée Doria, le soin d'établir un libre choix des enregistrements jalonnant cette longue carrière. Bien sûr, les classiques, les disques commercialisés, mais aussi, complément indispensable, les nombreux enregistrements radiophoniques dont on a pu disposer. Ces derniers, sur des supports archaïques, sont évidemment précaires, tout comme la qualité sonore qu'ils génèrent: l'air de Constance, accompagné, (décembre 1942, Monte-Carlo), par Reynaldo Hahn ; la cavatine de Rosine, dans la langue et le ton originaux. La rencontre Doria-Pernet dans Lakmé, l'air d'Aïda sur Radio-Hilversum etc.… Tout cela a pu être sauvegardé. Avec quelques défaillances inévitables, dans le son, le présent CD nous apporte beaucoup d'inédits.

Par ailleurs, pourquoi commencer ce disque par l'air de Louise ? Parce que cet air est cher à l'artiste, qui porte une vraie dilection pour ce chef-d'œuvre, à qui elle doit d'avoir choisi d'habiter au pied de la Butte Montmartre. Comme la “  petite table ” de Manon, l'air fameux “ Depuis le jour… ” met tout particulièrement en évidence le respect scrupuleux du texte, le raffinement des nuances et la sensualité, en grande partie hérités de Ninon Vallin. Et puis, le principal personnage, ce n'est pas la cousette, c'est Paris. Ce Paris qui, à sa connaissance, est la seule ville au monde qui soit l'héroïne d'un opéra, et celle où se passent autant d'actions lyriques : Manon, Traviata, Adrienne Lecouvreur,…la liste est considérable..

Après Louise, dans ce CD, c'est le déroulement normal, quasi chronologique, commençant par son premier rôle donné en janvier 1942, à l'Opéra de Marseille, la Rosine , du « Barbier » rossinien.

Renee  Doria

Renée DORIA

Fifty years of phonographic recording

I heard for the first time at the radio in 1948 the voice of Renée Doria. At this time, I was very far from France. This pure and crystalline voice pleased me at once. As soon as I was back to Paris, I tried and succeed to attend a performance of La Traviata with this beautiful young lady, brilliant cantatrice and excellent tragedian in the role of Violetta. Thanks to common friends, I was introduced to her and to her husband and since that very day we became close friends. During many decades, each time I had the possibility to do so, I attended her stage performances, recitals and concerts: Paris but also towns in province, Liège, London, Strasbourg, Geneva, Bordeaux…

At this time, every town of France and of the limitrophe countries had their season, their orchestra and chorus. Renée Doria was in demand everywhere: her Manon, her Violetta, the three ladies in the Contes d'Hoffmann were always drawing full houses. She was happy, fond of liberty, always eager for new roles. In all, during her long career, she sang 76 different roles on stage and 125 at the radio.

One day I asked her why she did not sang more abroad. She answered: “What should I do on other continents? To be a specialist of 4 or 5 roles whereas here the list is almost without limit? Did not Delmas senior, Fugère and so many other singers staid in Paris? Moreover, notwithstanding very few exceptions like Endrèze and Bidu Sayao who sang for a long time in France, I think that one can sing actually well only in one's native tongue. The grandest: Stignani, Pagliughi, Roswaenge, Merli, Lemeshev sang only in their native tongue and therefore they avoided clumsiness and misinterpretations and they were always at their best. From Latin origin, I practice Italian and Spanish language. Many times I was proposed to sing and to speak roles in Russian and in German, I did not accept. I made my efforts in other ways. One week I sang, thanks to the hazards of the calendar, two Manon at Geneva, two Contes d'Hoffmann at Strasbourg and two Lucie de Lammermoor at Rouen. Another time and without being tired (and for replacing at the last moment a singer who was sick), I sang three Mireille in a weekend, and, in similar circumstances, three Manon (six scenes, five different costumes!). A week, on Thursday night I sang Rosine at Favart hall, on Saturday night I sang Violetta at the Palais Garnier and, on Sunday matinee Thaïs at Strasbourg. This rhythm is exciting; it takes care of the voice and lubricates it, if this one is in the good place. The technique is the abolishment of the hazard.”

As a matter of fact, her endurance was not a common one, and so was the variety of her roles –sometimes in quite different tessituras- as was the length of her career. A sporting achievement of the highest level. Her idol and her maître à penser was Ninon Vallin. Questionable teacher, she said, as Yvonne Gall and other very important artists, but otherwise a marvellous personality, a poet. She admired Lotte Lehmann, Barrientos, Tetrazzini, Calvé, and Boninsegna. She had the same vocal method. Very strong low notes -pillars of the tessitura-, what the idiots call pejoratively “singing from the chest”. And for the very top notes, mixed voice, a sort of reinforced falsetto. For the male singers the process is exactly the same. “Listen to Journet, a bass, Cambon, a baritone, Vezzani, a tenor –reminding of the best French singers”. Thanks to this vocal technique, almost infallible, she sang and played almost everything, indefatigable virtuoso, from the low A of the contralto to the G in alt. She usually trained her voice with the arias of the first act of Lucie de Lammermoor. A daily exercise: the finale of the mirror aria of Thaïs , finishing it successively with a B flat, a high D and a high F. One morning, around 1981 (she was not sick, nor she had a cold) she could not sing the high F. She did not want to reduce her repertoire to Suzanne, Marguerite or Mimi, so she decided to give some recitals and concerts –almost always charity ones- and to record chiefly melodies and Lieder.

Fortunately, she leaves us many records engraved on different supports. The first ones as soon as 1942 at Radio Provence, recorded on the dangerously friable cellulose plates named Pyral. One year later, one pearl, an unexpected document: the first aria of Constance with the accompaniment by Reynaldo Hahn, who, three years later was to make her engaged at the Opera de Paris, where she made her debut in the Queen of the Night. Into brackets, she will sing eleven roles in seven operas by Mozart.

From 1944 on, she took part to much lyrical broadcasting sessions at the National and foreigners radios. In 1948, even when she had at her repertoire the three female personages of the Contes d'Hoffmann , she was Olympia in the first complete recording –in my opinion, to day unsurpassed- of those Tales. From 1949 to 1952, the firm E.M.I. Pathé-Marconi proposed to her many recordings 78 rpm. Unfortunately her stage engagements prevented her to accept. In 1953, at the Schola Cantorum, it was for the label Caecilia: a vast program of French melodies: Gounod, Massenet, Debussy, Ravel, and, for different labels: highlights of “Le Barbier de Séville”, “Les pêcheurs de perles”, “La Bohème”, “Madame Butterfly”, “Les Noces de Jeannette”, “Les Huguenots”, “Lakmé”. In 1955, she signed a contract with Philips France, beginning the lyrical catalogue of this firm with “La Veuve Joyeuse”, “La Vie Parisienne” (a disc award), “Le Pays du Sourire”, a selection of “Manon” with Alain Vanzo and Adrien Legros (1956). From 1959 on, under the label Véga-Decca, were released complete stereo versions of “Mireille”, “Thaïs” and “Rigoletto” and highlights of “Le Pré aux Clercs”. Don't forget a precious piece, “la prière de Milagros” from an opera of Maurice Perez: “Rocio” she had created alongside of Ninon Vallin. Between 1965 and 1975, highlights of “La Veuve Joyeuse”, “La Pays du Sourire”, “La Chauve Souris”, “Le Baron Tzigane” etc… Then it was, in 1978, a world première, the complete recording of Massenet's “Sapho”. In 1980, for Music Memoria, another series of melodies and Lieder of which we retained “Nuit d'Etoiles” by the young Debussy, whose the historiograph and friend Léon Vallas thought she was the ideal interpret. At last, one would discover a rarity: “L'hymne à Apollon” (IV th century before Jesus Christ), restored by the Hellenistic Salomon Reinach and harmonised by Fauré. Emile Vuillermoz wanted this complex music should be resituated by her voice. In 1993, a last spray of melodies.

To conclude, I think that the young singers, without any servile imitation but as hallmark, should meditate the tuition of this album. They will be in front of an exceptional phonographic –fifty actual years- testimony and image of an out of norms career –some 2.500 stage performances or concerts- of the one in which the widow of the famous tenor Saléza, reminding her youth at the Metropolitan Opera, saw a new Marcella Sembrich.

Jean Ziegler

Note of the producer

Our purpose: let Jean Ziegler, the one who, without doubt, is the best connoisseur of the personal archives of Renée Doria, make the choice of the recordings realised along this long career. The ones realised in studio, but also, the numerous ones coming from broadcasting sessions. The latter, engraved on archaic supports and evidently not always good in sound: the aria of Constance (Monte Carlo, December 1942) accompanied by Reynaldo Hahn; the Rosin's cavatine in the original language and tone. The meeting between Doria and Pernet in “Lakmé”, the aria of Aïda from Hiversum's radio etc… All of this could have been safeguarded. With a few inevitable lapses, this CD contains many unpublished pieces.

By the way, why beginning this record with the aria of Louise? Because Renée Doria likes it very much. She loves this masterwork that pushed her to live in Paris near the "Butte Montmartre". As in the “petite table” of Manon , the famous aria “depuis le jour…” highlights the scrupulous respect of the text, the refinement of shades and the sensuality inherited from Ninon Vallin. And the main character is not the “cousette” but it is Paris. Paris, at my knowledge, is the only city in the world which is the heroine of en opera and where happened so many lyrical actions: Manon, La Traviata, Adrienne Lecouvreur… the list is important.

After the aria of Louise, the unfolding is chronological, beginning with her first role at the Opera of Marseilles: Rosine in the rossinian Barber.

Grand air de Louise



Gustave Charpentier: Air de Louise





Sa plus belle version de l'air de Louise. Grand exemple de chant à la française, enseigné entre autres par un grand chanteur italien Umberto Valdarnini, avec lequel je travaillai encore en 1970.
Carlo CIABRINI
















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