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Carmen-Bizet 2CD

Carmen-Bizet 2CD

Ref: MR821

CARMEN Denise SCHARLEY

DON-JOSE Libero DE LUCA
MICAELA Martha ANGELICI
FRASQUITA Yvette DAPRAS
MERCEDES Raymonde NOTTI-PAGES
ESCAMILLO Michel ROUX
MORALES Robert MASSARD
ZUNIGA Charles CLAVENSY
DANQUAIRE Charles DAGUERRESSAR
REMENDADO René HERENT

Chef des Choeurs Yvonne GOUVERNE
Orchestre et Choeurs Jules GRESSIER

Paris 1954


C’est en 1945 Salle Favart que Denise Scharley se voit offrir le rôle de Carmen quelle interprètera d’innombrables fois jusqu’en 1968. Aussitôt les critiques se déchainent et unanimement sont sous le charme.« Denise Scharley est une Carmen idéale. Sa voix d’un seul jet sans trou ni brisures, sans notes blanches, est un modèle d’équilibre vocal. En outre cette grande cantatrice qui ne cesse de jouer vrai, donne à son personnage un relief saisissant. Pour une fois nous avons vu évoluer sur scène la bohémienne sensuelle et cruelle que Mérimée avait rêvé. Elle fut admirable dans les scènes de séduction du premier acte. Denise Scharley si la vie ne la gâte pas trop, devrait faire une carrière sensationnelle. –
Martial Bardinez
« J’ai débuté dans Carmen à l’âge de Vingt ans c’est insensé ! Quand on a exactement l’âge de l’héroïne, on n’a pas celui de le comprendre. Je réalise combien j’étais en deçà de ce personnage si riche et si complexe….» En 1947 c’est avec Mario Del Monaco à Rome que Denise Scharley chantera la partition. Partout en Europe, elle marquera de son empreinte le célèbre Opéra-Comique. Elle sera titulaire du rôle à Bruxelles et à Genève. En 1960 elle reprendra ce rôle phare à l’Opéra de Paris dans la mise en scène de Raymond Rouleau pour 62 représentations. A la fin de sa vie, alors qu’on lui demandait si Carmen n’avait pas été le rôle de sa vie, elle répondait «Mes plus beaux rôles sont ceux que j’étais la seule à interpréter.Carmen tout le monde l’a chanté, même celles qui n’avaient pas la voix pour ! - j’aurais pourtant bien mérité un bel enregistrement de Carmen. C’est injuste! Biographie Denise Scharley.

Sur Forum Opéra
Carmen
Par Laurent Bury samedi 08 Septembre 2018

Il fut un temps où la Salle Favart avait la maîtrise d’un répertoire qu’elle seule était autorisée à présenter. Les œuvres créées à l’Opéra-Comique « appartenaient » à l’Opéra-Comique, y compris certaines partitions étrangères, et s’il était inconcevable de donner Tosca, Butterfly ou La Bohème dans une autre salle parisienne, cela valait à plus forte raison pour des piliers de la maison comme Manon, Carmen ou Pelléas. Oui, mais… Avant même la création de la Réunion des théâtres lyriques nationaux, l’Opéra de Paris se mit à lorgner d’un œil jaloux sur les succès internationaux remportés par les créations françaises de Favart, et prit l’habitude, à partir des années 1920, d’accueillir des titres d’abord associés à la Place Boieldieu. Le phénomène s’amplifia, Pelléas même étant donné au Palais Garnier en 1977. Du même coup, fut entériné le principe des distributions « de prestige » où les trois quarts des chanteurs étaient des artistes non francophones, alors que l’on avait eu l’habitude d’entendre ces œuvres défendues dans leur théâtre natal par les membres de la troupe.

Le 10 novembre 1959, l’Opéra de Paris s’emparait ainsi de Carmen, avec une production somptueuse qui fit grand bruit. Jusque-là, le chef-d’œuvre de Bizet avait eu pour exclusif domicile parisien la Salle Favart. Et l’on y donnait évidemment la version avec dialogues parlés : à quoi bon auraient servi les récitatifs de Guiraud puisque tous les chanteurs avaient le français pour langue maternelle ? En septembre 1950, quand André Cluytens avait enregistré une intégrale de Carmen, cela s’était fait, certes, dans le cadre du Théâtre des Champs-Elysées, mais avec l’orchestre et les chœurs de l’Opéra-Comique. La gitane avait alors la voix de Solange Michel, Raoul Jobin chantait Don José, Martha Angelici était Micaëla et Michel Dens complétait l’affiche en Escamillo. Solange Michel avait fait ses débuts Salle Favart en 1942, la même année que Denise Scharley : toutes deux chantaient notamment Geneviève et Mignon, mais Denise Scharley était aussi bien autre chose, elle était Dalila, Amnéris, Madame de Croissy… Autrement dit, elle possédait un impressionnant registre grave qui, joint à une personnalité magnétique, rendait ses incarnations inoubliables. Dotée de moyens sans doute bien supérieurs à ceux de la chère Galli-Marié, cette Carmen envoûte par l’élégance de son chant et le dramatisme de son interprétation.

A ses côtés pour ce concert radiophonique de 1954, Libero de Luca se défend assez bien. Décevant en Gérald face à la Lakmé de Mado Robin, le ténor suisse, en troupe à Paris de 1949 à 1961, trouve en Don José un rôle bien plus adéquat, qui exige moins de délicatesse. Evidemment, l’air de la Fleur inclut un si bémol fortissimo, mais le diminuendo sur « Je t’aime » est fort appréciable. Micaëla superbe de Martha Angelici, qui trouve naturellement le ton idéal, d’une pureté qui n’a rien de nunuche, d’une distinction qui n’a rien de froid ; quel dommage que ne soient pas disponibles plus d’enregistrements de cette grande soprano française, qui devrait servir de modèle à beaucoup. Correct et possédant les notes du rôle, l’Escamillo de Michel Roux se situe un cran en dessous, savonnant tous les ornements de son air. Futur toréador sur la scène de l’Opéra de Paris ou au disque auprès de Maria Callas, Robert Massard se contente pour l’heure d’être un fringant Moralès. Les deux commères de Carmen ont des timbres personnels, à défaut d’être très séduisants. Le bât blesse plutôt du côté des deux contrebandiers, qui parlent plus qu’ils ne chantent, pour un quintette un peu lourd et assez raté.

Très mesurés dans l’ensemble, les tempos adoptés par Jules Gressier ont au moins le mérite de permettre de mieux entendre les détails de ligne et d’orchestration d’une partition qu’il est courant d’entendre dirigée au pas de course pour en forcer l’espagnolade. On regrette que « A dos cuartos » soit donné en version raccourcie. Le chœur Yvonne Gouverné incluait des chanteuses aux voix peut-être plus fermes que les dames de l’Opéra-Comique, mais en termes de véhémence lors de la dispute des cigarières, elles n’avaient rien à envier aux habituées de la scène. Les enfants de la garde montante sont impeccables.

Pourtant, le plus étonnant dans ce disque, c’est sans doute l’interprétation des dialogues parlés, qui nous transporte dans un autre monde, celui du cinéma français de la première moitié du XXe siècle. Les chanteurs disent eux-mêmes leur texte dans les quelques passages conservés, et Denise Scharley fait preuve d’une insolence gouailleuse qui laisse pantois.


Prix : 19.00 (Including TVA at 20%)


Vu precedemment